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Tunisie : ''une importante régression des libertés'' selon les journalistes
Reuters / Nabil Karoui  
Le syndicat des journalistes tunisiens publie un rapport à l'occasion de la journée mondiale de la liberté de la presse.
Le Syndicat des journalistes tunisiens (Snjt) a dénoncé "une importante régression des libertés" acquises depuis la chute de Ben Ali en janvier 2011, dans un rapport publié jeudi à l'occasion de Journée mondiale de la liberté de la presse.  "Les faits observés par le Snjt et les organisations des droits de l'Homme tunisiennes et internationales montrent une importante régression des libertés après la révolution" qui a chassé l'ancien président Ben Ali du pouvoir, affirment les auteurs du rapport.

"La violence et les tiraillements politiques, la passivité et le silence du gouvernement face à l'émergence de milices responsables de troubles dans le pays sont les principales causes de cette régression", selon le rapport. "L'agression physique et verbale des journalistes figure parmi les plus graves dérives enregistrées par le syndicat", a indiqué à l'AFP la présidente du Snjt, Nejiba Hamrouni.

Quelque soixante journalistes ont été victimes d'agression physique depuis le 14 janvier 2011 notamment par la police, plusieurs d'autres ont été attaqués verbalement par des politiciens, des militants politiques et des policiers, a affirmé Mme. Hamrouni. Elle a par ailleurs déploré "l'absence d'un cadre juridique" organisant le secteur. Le syndicat des journalistes a dénoncé aussi "des campagnes ciblant les médias pour les obliger à suivre la vision politique du gouvernement", selon les termes du rapport.

"Le gouvernement n'a pas bougé le petit doigt devant les multiples atteintes contre les journalistes", souligne le Snjt, citant un sit-in de 52 jours observé par des partisans du parti islamiste Ennahda devant la télévision nationale pour réclamer "l'épuration de la télévision de la honte".

Ce rapport a mentionné également les déclarations de membres du gouvernement envisageant plus ou moins directement à une privatisation de la télévision publique. Le leader du parti Ennahda, Rached Ghannouchi, avait notamment évoqué cette éventualité comme solution "radicale" aux problèmes de l'information. Le Snjt s'est rangé au côté de l'Instance indépendante de reforme de l'information et de la communication (Inric) pour exiger l'inscription de la liberté de la presse et la protection des journalistes dans la future Constitution.

Nabil Karoui condamné

La justice tunisienne a condamné jeudi le patron de la chaîne privé Nessma, à une amende pour atteinte au sacré, une décision en forme de compromis particulièrement attendue dans un procès test pour la liberté des médias depuis la chute de Ben Ali. "Nabil Karoui a été condamné au versement d'une amende de 2.400 dinars (1.200 euros) pour la diffusion au public d'un film troublant l'ordre public et portant atteinte aux bonnes moeurs", selon le jugement du tribunal de première instance de Tunis. Le patron de la chaîne Nessma était poursuivi après la diffusion du film franco-iranien Persepolis qui raconte les dérives du régime iranien à travers les yeux d'une petite fille. En cause: une scène où Allah est dessiné, un blasphème interdit par l'islam sunnite.

"Dans un jour célébrant la liberté de la presse dans le monde, la Tunisie a montré son échec dans le respect des droits élémentaires de la liberté d'expression", a déclaré Ann Harrison, représentant d'Amnesty international. La Fédération internationale des ligues des droits de l'Homme (Fidh) a aussi dénoncé le la condamnation de M. Karoui.

Une condamnation "préoccupante"

"Cette condamnation, aussi symbolique soit-elle, n'en est pas moins préoccupante. La justice tunisienne, par cette décision, s'inscrit en faux par rapport aux engagements de la Tunisie relatifs au respect des libertés fondamentales", a estimé de son côté Karim Lahidji, vice président de la Fidh. Selon lui, "ce verdict s'inscrit dans un contexte de multiplication des menaces à l'égard des journalistes et plus généralement à la liberté des médias".

"Je suis extrêmement triste. Je pensais qu'en ce jour la Tunisie allait donner une autre image au monde entier que celle qui atteint aux libertés", a déclaré M. Karoui à l'AFP. "Je suis très préoccupé par la situation des libertés en Tunisie parce que ma condamnation constitue un très mauvais message non seulement au niveau national mais aussi dans tout le Maghreb", a-t-il ajouté.

Sa chaîne, une co-propriété de l'Italien Silvio Berlusconi et du producteur de cinéma franco-tunisien Tarak Ben Ammar cible également par le contenu de ses programmes les téléspectateurs en Algérie et au Maroc. Le film Persepolis avait été diffusé le 7 octobre peu avant le premier scrutin libre après le soulèvement qui avait chassé l'ex-président Ben Ali le 14 janvier 2011 sous la pression de la rue. Ouvert le 16 novembre 2011 et reporté deux fois, le procès de M. Karoui a déchaîné les passions entre défenseurs des libertés et milieux islamistes extrémistes responsables de violences. Il avait aussi choqué une partie des Tunisiens dans un contexte de religiosité exacerbé par la montée en puissance du parti islamiste Ennahda, vainqueur des élections constituantes.

Ennahda "attaché à la liberté d'expression"

Après le tollé provoqué par l'agression de journalistes par des salafistes lors des débuts chaotiques du procès, Ennahda avait exprimé son "attachement à la liberté d'expression" et estimé que "les poursuites judiciaires à l'encontre du patron de Nessma TV". Un technicien de la chaîne et une responsable de la version en dialecte tunisien du film ont été également jugés et condamnés à une amende de 1.200 dinars chacun. "Ce jugement est une atteinte à la liberté de la presse. On espérait un acquittement pur et simple en cette journée mondiale de la liberté de la presse", a dit à l'AFP Me Abada Kefi. La défense va interjeter appel, a ajouté l'avocat de la chaîne.

"M. Karoui aurait pu être condamné à une peine allant de trois à six mois de prison ferme au regard des chefs d'accusation", a estimé un avocat de la partie civile, Rafik Ghak ajoutant qu'il allait examiner avec ses clients l'intérêt de faire appel. Quelques personnes ont manifesté leur colère à l'annonce du jugement. "C'est aberrant, 2.400 dinars pour quelqu'un qui se moque d'Allah et offense le sentiment des musulmans", a estimé un homme en pleurs.

"On se moque d'Allah et on prétend que c'est la liberté d'expression"

"On se moque d'Allah et on prétend que c'est la liberté d'expression", a renchéri un femme voilée devant le palais de justice, soigneusement gardé par la police. Coupant la poire en deux, la justice a rejeté l'aquittement demandé par les avocats et les organisations de défense de la liberté de la presse et des droits de l'Homme et s'est abstenu de prononcer une peine de prison réclamée par les détracteurs de Nessma, en particulier les salafistes très actifs dans la rue. M. Karoui était absent à l'annonce du verdict qui coïncidait avec la Journée mondiale de la liberté de la presse célébrée en Tunisie depuis la chute de Ben Ali. Cette coïncidence "n'est pas anodine", a relevé l'organisation française de défense de la presse Reporters sans frontière (RSF) réagissant au report du jugement à la dernière audience du 26 avril. Le choix de cette date permettra au pouvoir actuel de se donner une "image positive", selon RSF qui avait appelé à l'abandon des charges.





AP et Medi1.com
04/05/2012 à 12:46
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